Secular Sacred – Reunion Island

Une marche sur le feu, île de La Réunion.

La Réunion, île perdue dans l’océan Indien, est habitée depuis deux siècles seulement. Les Tamouls forment une composante importante des cultures qui ont peuplé l’île. Ils sont venus comme travailleurs engagés après l’abolition de l’esclavage, emportant leurs rituels religieux pour tout bagage et lien avec leur terre d’origine.

Malgré leur évangélisation, ils ont gardé vivantes leurs croyances et leur rapport au monde à travers les différentes divinités hindoues. Leur conscience de faire partie d’un cycle de la vie, dont l’eau est un véhicule important, a gardé intact leur rapport aux fleuves et à l’océan. L’eau a également un rôle de purification dans les rituels aussi important que le feu.

A La Réunion, la proximité de l’océan a souvent remplacé les ablutions dans les rivières et les fleuves pratiquées au Tamil Nadu, par le simple fait que les rivières versent dans la mer.
La marche sur le feu est l’un des rituels les plus courants. C’est un rituel de pénitence et d’épreuve que les familles organisent chez elles une fois par an environ. Les voisins et même les gens de passage sont conviés le jour de l’épreuve qui consiste à traverser un lit de braise d’une dizaine de mètres de long. Souvent, c’est le père de famille qui dirige les rituels ; rarement, on confie ce rôle à un gourou.

Ce jour est précédé de trois semaines de jeûne, d’abstinence et de purification. Les pénitents se préparent à l’épreuve par une semaine de veillées où l’on évoque les épisodes de Mahabaharata. Le jour même, les pénitents partent du temple familial pieds nus avec leurs charges ou les attributs dédiés à différentes divinités vers l’océan afin d’accomplir les ablutions. La distance à parcourir jusqu’à l’eau est d’environ trois km. Une fois la purification dans l’eau faite, ils sont revêtus de saris neufs bénis pour la circonstance, puis accomplissent des vœux et sacrifient une bête qu’ils offrent à la mer. Ils reviennent ensuite vers le temple toujours accompagnés au son des tambours et des hauts bois jusqu’au « trou de feu », le tikouli. Là, au coucher du soleil, le prêtre marche le premier sur les braises suivi de tous les pénitents. La cérémonie se termine par une action de grâce, et parfois, selon la divinité à laquelle est dédiée la marche sur le feu, par le sacrifice d’une bête. Une joyeuse réunion familiale clôt la journée.